Encore des histoires de départs et de sanglots longs. Mais là c’est un peu différent.
Je viens de passer une grosse semaine à Marseille, chez mes parents.
Je n’appelle plus vraiment cet endroit “chez moi”. Je ne m’y sens plus chez moi.
Certes j’aime toujours Marseille, j’apprécie toujours énormément de revoir mes amis, de retourner dans ces mêmes bars, ces mêmes calanques que je fréquente depuis des années (les calanques, moins les bars).
Mais je ne me sens plus chez moi chez moi (ce n’est pas une typo).
C’est un sentiment qui s’est accentué ces deux ou trois dernières années. Et l’explication n’en est pas seulement mon accession progressive à l’autonomie et le retour de moins en moins fréquent au domicile familial.
Simplement, tout devient n’importe quoi chez mes parents.
Un des événements les plus marquants de mon enfance et de mon adolescence (par le caractère fondateur de qui je suis aujourd’hui) est que je n’ai pas fait la moindre crise d’adolescence.
Mes frères en revanche ont eu tous les deux des crises aigues, tardives et surtout longues. Il s’est passé des années et des années de conflit permanent entre eux et mes parents.
Je manque de point de comparaison, mais en aucun cas, leur comportement à chacun (avec des styles similaires) n’a été celui d’un simple adolescent rebelle.
Ça a duré et ça dure encore.
Mes parents se désengagent progressivement, renoncent au peu d’autorité qu’il leur restait sur eux et tout devient n’importe quoi chez moi.
Ma chambre, la chambre que j’occupais depuis toujours a été investie par mon frère Ivan qui, si j’ai bien compris, va alterner cette année entre 3 semaines à l’hôpital et 1 semaine à son école. Mon frère l’a vidée brutalement de tous mes jouets, jeux et dessins accumulés depuis de nombreuses années, laissant le soin à mes parents de leur retrouver une place dans une maison déjà pleine.
Lorsque je vais donc revenir voir mes parents cette année, je devrais me contenter d’un cagibi où l’on peut à peine marcher lorsque le clic-clac une place est déplié.
A celà s’ajoute le fait que ma maison empeste de plus en plus le tabac froid et que ces relents ne sont plus cantonnés aux lieux que fréquente ma mère. Ainsi, je me réveille le matin, mes parents ont fait leur possible pour aérer la nouvelle chambre de mon frère et sa porte ouverte juste devant la mienne permet à toutes ces effluves de me parvenir à ce moment particulièrement agréable. C’est le cas également à la salle de bain utilisée par mes frères et moi où trône désormais un cendrier toujours à moitié plein.
Ça sent parfois l’herbe quand je rentre en fin d’après-midi et mes parents font semblant de ne pas le remarquer.
Bref, cet endroit n’est plus propice à des retours aussi fréquents qu’avant. J’ai des amis extrémement sympathiques qui m’ont proposé de m’héberger quelques jours lors de mes retours et je pense que j’opterai pour cette solution.
Je ne le réalise que maintenant, mais il n’y aura probablement plus avant très longtemps (lire des mois ou des années) de séjour aussi long chez mes parents. Ce n’est pas pour autant que je les verrai moins souvent mais il n’est simplement plus question de retourner y vivre, même temporairement.
